J'ai peur des requins
Il y a des phrases que l'on entend aussi souvent que le bruit des bulles d'un détendeur au bord d' un fosse de plongée lors d'un cours niveau 1 cmas ffessm ou open water PADI à Paris . « la plongée, j'aime bien… mais j'ai peur des requins. »
Cette phrase, les moniteurs de plongée l'entendent souvent lors des premiers cours de plongée. Beaucoup de futurs plongeurs rêvent d'explorer les récifs tropicaux ou de préparer un voyage de plongée en Polynésie, mais la peur des requins surgit presque toujours dans le fil de la conversation.
Cette peur est partiellement instinctive. Elle apparaît au moment précis où l'on imagine les abysses, les profondeurs bleues sombres, et quelque part dans cette immensité, une silhouette fuselée qui fend l'eau avec la précision d'une flèche vivante.
Cepandant, cette peur est aussi une construction culturelle. Et un film y est pour beaucoup.
En 1975, Les Dents de la mer est projeté dans les cinémas du monde entier. Le succès est colossal. Le suspense est parfait, la musique inoubliable, le monstre invisible pendant une grande partie du film. Le public sort de la salle fasciné… et profondément inquiet à l'idée de se baigner dans l'océan.
Des années plus tard, son réalisateur reconnaîtra lui‑même que le film a contribué à diaboliser les requins d'une manière qu'il regrette aujourd'hui. L'image du prédateur sanguinaire s'est ancrée dans l'imaginaire collectif, alors que la réalité biologique est bien différente.
Un animal ancien et extraordinairement adapté
Les requins existent depuis environ 400 millions d'années.
Ils nageaient déjà dans les océans bien avant les dinosaures. Leur silhouette est une merveille d'ingénierie biologique : un corps fuselé, un squelette de cartilage incroyablement léger, une nage silencieuse, des sens extrêmement développés. Ils perçoivent :
les vibrations dans l'eau
les champs électriques des organismes vivants
les odeurs transportées par les courants
Cette sensibilité fait d'eux des prédateurs très efficaces… mais aussi des animaux prudents et économes de leur énergie.
Car un requin ne chasse pas pour le plaisir : Il chasse pour survivre.
Tropiques, zones tempérées : où vivent les requins ?
On recense aujourd'hui plus de 500 espèces de requins, leur répartition dépend beaucoup de la température de l'eau.
Dans les zones tropicales, comme en Polynésie, aux Maldives ou en mer Rouge, on rencontre notamment :
les requins gris de récif
les requins pointes noires
les requins marteaux
les requins tigres
Dans les zones tempérées, comme l'Atlantique ou la Méditerranée, vivent d'autres espèces :
les requins bleus
les requins taupes
les requins pèlerins
parfois le grand requin blanc
La grande majorité de ces animaux n'a strictement aucun intérêt pour l'être humain. Les chiffres sont très clairs.
Chaque année dans le monde, on recense environ 70 attaques non provoquées, dont moins d'une dizaine mortelles.
Vos chiens, ces adorables animaux "inofensifs" , font des centaines de morts par an à l'échelle du globe, par morsure ou diffusion de la rage...Et pour autant leur présence sur le canapé vous apaise !
Dans le même temps, l'être humain tue entre 70 et 100 millions de requins par an. À l'échelle de la planète, le danger est donc… clairement dans l'autre sens.
Quand les accidents arrivent : les cas de confusion
Les accidents graves impliquant des requins sont presque toujours liés à des situations très particulières, souvent des confusions.
Un exemple souvent évoqué est celui de l'île de La Réunion, où plusieurs attaques ont eu lieu ces dernières années.
Ces zones présentent certaines caractéristiques :
eaux parfois turbides
embouchures de rivières
présence de requins bouledogues
raréfaction des tortues marines jadis prédatées
Le requin bouledogue est une espèce capable de remonter les estuaires et de vivre dans des eaux peu profondes et parfois troubles. Dans ces conditions, la visibilité est faible et la silhouette d'un baigneur à la surface peut être confondue avec une proie potentielle.
Le requin effectue alors ce que les biologistes appellent une morsure exploratoire : il « goûte » l'objet pour comprendre ce que c'est. Malheureusement, même une morsure de test peut provoquer des hémorragies importantes, ce qui explique la gravité de certains accidents.
Ces situations restent rares à l'échelle mondiale, mais elles rappellent que l'océan est un environnement sauvage. Un autre cas souvent cité concerne certaines zones d'Afrique du Sud.
Il est par exemple fortement déconseillé de nager au milieu d'un banc d'otaries. Dans ces régions, les grands requins blancs chassent précisément ces animaux. Dans ce contexte, un nageur pourrait être pris pour une otarie lente ou affaiblie. ce scénario reste très spécifique et très peu fréquent.
Idem les zones et périodes de ponte de tortues marines pour les requins tigres, qui pourraient faire une confusion.
Et dans la vraie vie des plongeurs ?
Dans 99,99 % des situations, les rencontres avec les requins se déroulent dans un décor très différent : des récifs coralliens riches en poissons, une eau claire et une visibilité excellente, comme on en trouve dans de nombreuses destinations de plongée tropicale. Dans ces conditions, aucune confusion n'est possible. Le requin vous voit parfaitement.
Et ce qu'il voit est un animal étrange (et peu apétissant) entouré de bulles, le requin garde ses distances. Il observe un instant, puis s'éloigne avec élégance.
Les plongeurs expérimentés savent d'ailleurs qu'il existe un moyen très simple de les faire fuir : les bruit considérés comme non naturels pour eux.
Un simple claquement métallique sous l'eau suffit souvent. Les fameuses petites baguettes métalliques que les moniteurs utilisent parfois pour attirer l'attention des élèves plongeurs fonctionnent d'ailleurs très bien pour autre chose : faire fuir les poissons (Ne le répétez pas trop… les moniteurs tiennent à leur réputation.)
Les requins sont très sensibles aux vibrations : un requin marteau de 4,50 ou 5 m fera souvent demi‑tour si vous faites fuser l'Octopus de votre détendeur.
Donc… Ne le faites pas : Les vidéastes sous‑marins vont être très en colère et vous risquez de devoir payer l'apéritif au bar de l'hôtel cinq étoiles de Rangiroa pour vous faire pardonner 😅😣
On entend souvent dire que les requins deviennent fous à l'odeur du sang. La réalité est plus subtile. Ils sont surtout extrêmement sensibles au sang de poisson, qui fait naturellement partie de leur régime alimentaire. Un pecheur tahitien qui fleche un poisson remonte immédiatement sa prise et la dépose dans une paniere en plastique qui flotte à la surface pour s'éviter les ennuis..
Le sang humain, lui, ne déclenche pas la même réaction. Lors d'une plongée de travail lambda en Polynésie, votre moniteur s'est retrouvé un jour avec une estafilade à la main (générée par un poisson chirurgien enervé à qui des gens donnnaient du pain, à éviter ) , le tout au milieu d'un trés gros groupe de requins gris à Rangiroa. Aucun incident, aucune agitation, et pour preuve : il peut encore en témoigner aujourd'hui !
En revanche, lorsqu'un poisson blessé libère du sang dans l'eau - par exemple lors de pêche sous‑marine - l'environnement envoie tous les signaux d'un repas potentiel.
Ce que l'on apprend dès les premiers cours de plongée
Lors des premiers cours de plongée, que ce soit en niveau 1 CMAS / FFESSM ou lors d'une formation Open Water, la question des requins revient presque toujours.
C'est normal. Beaucoup de plongeurs débutants imaginent déjà leur premier voyage de plongée en Polynésie, aux Maldives ou dans d'autres destinations réputées pour l'observation des requins.
Les moniteurs expliquent alors très clairement une chose essentielle : les requins ne sont pas des animaux dangereux pour les plongeurs dans les conditions normales d'observation. Leur rencontre n'est pas un défi, ni un moment de tension. C'est au contraire l'un des spectacles les plus fascinants que l'océan puisse offrir.
Si le sujet vous inquiète, n'hésitez jamais à en parler avec votre moniteur Aquabobble. Son expérience et ses observations pourront très facilement vous rassurer. Et souvent, ce qui était une peur devient simplement… une immense curiosité.
Les requins disparaissent
Malheureusement, ces animaux extraordinaires sont aujourd'hui en grand danger la pêche industrielle et le commerce des ailerons déciment les populations.
On estime qu'entre 70 et 100 millions de requins disparaissent chaque année. Or les requins sont des super‑prédateurs essentiels à l'équilibre des océans. Ils régulent certaines populations de poissons et maintiennent l'équilibre de la chaîne alimentaire.
Sans eux, l'écosystème entier peut subir un déséquilibre. Heureusement, les mentalités évoluent : plusieurs pays commencent à limiter ou interdire la pêche aux ailerons. Certaines régions d'Asie, où la soupe d'ailerons était autrefois un symbole de prestige, voient apparaître des réglementations plus strictes.
Le chemin est encore long, mais l'espoir existe : de nombreuses associations travaillent à protéger ces animaux remarquables, comme Shark Angels, qui mène un travail important de sensibilisation et de conservation.
La prochaine fois que vous verrez un requin
Peut‑être que la prochaine fois que vous penserez aux requins, vous imaginerez autre chose qu'une horreur sanguinaire de cinéma. Sans doute l'envisagerez vous comme un animal ancien, élégant, parfaitement adapté à son environnement, un gardien discret de l'équilibre des océans.
Il est probable qu'un jour, lors d'une plongée sur un récif tropical, vous verrez apparaître cette silhouette dans le bleu. Elle passera lentement devant vous, observera un instant, puis disparaîtra dans l'immensité.
Et à ce moment‑là, vous comprendrez quelque chose de très simple : les requins ne sont pas faits pour être craints : Ils sont faits pour être admirés par les plongeurs qui ont la chance de les voir dans leur milieu naturel.