Plongée et oreilles fragiles : arrêter de subir chaque descente

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Combien de futurs plongeurs à Paris ont abandonné l'idée d'un Niveau 1 ou d'un Open Water PADI parce que "leurs oreilles ne passent pas" ? Beaucoup trop. Dans 90 % des cas, ce n'est ni une fatalité biologique, ni une malédiction. C'est un mélange de mauvaise méthode, de précipitation et d'ego mal placé.

Les oreilles, ce faux prétexte qui gâche des envies

On entend tout : "Je n'ai pas les oreilles pour la plongée", "ça ne passera jamais", "je suis trop sensible". Derrière ces phrases, on trouve surtout :

  • des descentes trop rapides,
  • des techniques de compensation approximatives,
  • un stress qui verrouille tout le reste.

Oui, certaines pathologies ORL rendent la plongée délicate, voire impossible. Mais dans une école de plongée comme Aquabobble, en bassin parisien, la majorité des "oreilles fragiles" se révèlent surtout être des oreilles mal gérées.

Le mythe du "forçage raisonnable"

Sur certains bateaux, on entend encore des conseils lunaires : "Force un peu, ça va passer." Non, ça ne va pas "passer". L'oreille moyenne n'est pas une porte qu'on enfonce. Quand on commence à compenser dans la douleur, on a déjà raté le coche. Et la suite du week‑end s'écrit en général avec les mots "otalgie", "anti‑inflammatoires" et "je reste sur le bateau".

En fosse, à 5 ou 10 mètres, on peut reprendre tout ça au calme, sans houle, sans pression de groupe, sans horaire de bateau. Et surtout, avec un moniteur qui regarde ce que vous faites vraiment - pas seulement ce que vous croyez faire.

Comprendre ce qui se joue vraiment dans vos oreilles

Rappel express : en plongée, l'oreille moyenne doit rester à la même pression que l'eau qui vous entoure. C'est le rôle de la trompe d'Eustache : ce petit canal qui relie l'oreille au nasopharynx. Si cette trompe ne s'ouvre pas correctement, la pression devient douloureuse, parfois dangereuse.

Les manœuvres de Valsalva, Frenzel ou Toynbee ne sont pas des gadgets théoriques : ce sont des outils très concrets pour aider cette trompe à faire son travail. Mais mal enseignées, ou bâclées, elles deviennent presque inutiles.

Ce que la fosse permet de corriger

En Île‑de‑France, à Argenteuil ou Charenton, on peut :

  • travailler les descentes palier par palier (1, 2, 3 mètres...),
  • observer votre posture, votre rythme de compensation,
  • vous faire remonter dès qu'une gêne apparaît, sans stress environnemental,
  • tester différents gestes de compensation, à sec puis en immersion.

C'est étonnant comme, avec un peu de patience et une progression structurée, on transforme des "oreilles catastrophiques" en oreilles finalement très gérables.

Actualité : quand la prudence ORL rattrape la plongée loisir

Les ORL qui connaissent la plongée sont de plus en plus clairs : on ne joue pas avec les barotraumatismes. Des organisations comme la FFESSM et DAN Europe multiplient les ressources sur la prévention, notamment autour de la sinusite chronique, des séquelles de barotraumatisme ou de la chirurgie ORL récente.

Le problème, c'est que ces recommandations se heurtent parfois à un tourisme de masse où l'on embarque 20 baptêmes à la chaîne, avec à peine le temps d'expliquer l'essentiel. D'où l'intérêt, pour un Francilien qui se sait "sensible des oreilles", de traiter le sujet en amont, en fosse, avec quelqu'un dont c'est le métier à plein temps.

Stopper la spirale de la peur avant qu'elle ne s'installe

Une mauvaise expérience suffit souvent : une descente douloureuse, une remontée en catastrophe, une otite au retour, et le cerveau enregistre "Danger". La fois suivante, le simple fait de descendre à 2 mètres suffit à déclencher une alerte générale : respiration qui s'emballe, nuque contractée, mâchoire verrouillée.

Dans ces cas‑là, la clé n'est pas de "se faire violence" en mer. C'est de reconstruire un rapport sain à l'immersion, en milieu sécurisé :

  • temps de préparation sans masque ni détendeur, simplement en apnée légère,
  • descente le long d'une corde, yeux ouverts, à vitesse ridiculement lente,
  • pause toutes les 50 cm si besoin, avec gestes de compensation doux,
  • remontée dès la moindre gêne, sans souci de "tenir le coup".

C'est exactement ce que permettent les séances de remise en confiance : redonner au corps et au mental des repères positifs, avant de repartir vers un vrai Open Water ou un Niveau 1.

Quand faut‑il consulter un ORL avant de plonger ?

Tout ne se règle pas en fosse. Il y a des situations où la seule attitude raisonnable est de passer par un ORL spécialisé plongée avant de poursuivre :

  1. Douleurs persistantes après une plongée, même légère.
  2. Antécédent de perforation tympanique ou de chirurgie de l'oreille.
  3. Otites à répétition, même hors plongée.
  4. Sensations d'oreille "pleine" ou de baisse d'audition durable.

Un bon moniteur ne joue pas au faux médecin. Il sait dire "là, on arrête, on vérifie". C'est d'autant plus simple à assumer quand l'école ne vit pas de la vente de baptêmes en masse mais d'un accompagnement au long cours, comme une vraie école de plongée à Paris.

Adapter le rythme de formation aux oreilles fragiles

Le problème n'est pas toujours la profondeur, mais la densité des plongées. En stage intensif, on enchaîne parfois quatre immersions en deux jours. Pour un organisme tranquille, ça passe ; pour une trompe d'Eustache un peu capricieuse, c'est un plan parfait pour finir chez le médecin.

Dans ces cas‑là, il vaut mieux :

  • étaler la formation sur plusieurs séances en fosse,
  • réserver la mer pour une validation plus tard, en ayant déjà testé la tolérance de vos oreilles,
  • prévoir des jours de repos au milieu d'un séjour plongée.

C'est l'avantage des stages week‑end ou des mercredis après‑midi proposés en Île‑de‑France : on peut faire respirer le calendrier, sans céder au fantasme du "tout bouclé en 48 heures".

Un exemple très concret : l'élève qui voulait tout arrêter

Il y a quelques mois, une élève est arrivée à la fosse d'Argenteuil avec une phrase nette : "J'arrête la plongée, mes oreilles ne veulent pas." Baptême en mer douloureux, tentative de niveau 1 catastrophique, remarques culpabilisantes du style "tu bloques tout le monde". Le cocktail classique.

On a posé carte sur table : on repart de zéro, en apnée légère, à 1 mètre, puis 1,5 mètre, puis 2. Pause à chaque signe de gêne. Travail sur la respiration, sur la souplesse de la mâchoire, sur le mouvement de la langue pour aider la trompe d'Eustache. Au bout de trois séances, elle compensait tranquillement à 6 mètres, sans douleur, sans panique.

Est‑ce que tout le monde aura la même trajectoire ? Non. Certains auront vraiment besoin d'un avis médical, d'autres devront accepter de rester sur des profondeurs plus modérées. Mais dans énormément de cas, la bascule se joue avant tout sur la méthode.

Ne pas se condamner trop vite

Si vous êtes francilien, sensible des oreilles, et tenté par la plongée depuis des années, vous n'avez pas grand‑chose à perdre à tester les choses proprement, en fosse, avec un professionnel qui connaît ce sujet par cœur. Au pire, vous aurez donné sa chance à votre corps avant de renoncer. Au mieux, vous découvrirez qu'avec de la progressivité, un peu de technique et une pédagogie patiente, vos oreilles sont finalement vos alliées.

Plutôt que de ruminer un "j'aurais adoré plonger, mais..." indéfiniment, le plus simple est encore de réserver une séance de remise en confiance et de voir ce qui se passe vraiment, sous l'eau, à 29°. Les prochaines dates sont là pour ça. Le reste, ce sont surtout des histoires qu'on se raconte pour ne pas se confronter à la réalité - qui, parfois, est bien plus encourageante qu'on l'imagine.

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