Faut‑il encore viser les grandes profondeurs en plongée loisir ?

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On a longtemps vendu le Niveau 2, le PE40 ou l'Advanced comme des passeports vers "la vraie plongée", forcément plus profonde, donc plus "sérieuse". En 2026, avec ce que l'on sait sur la sécurité et l'environnement, la question mérite d'être reposée froidement : faut‑il encore courir après les grandes profondeurs en plongée loisir ?

La profondeur comme fantasme de puissance

Beaucoup de plongeurs franciliens arrivent en fosse avec une idée fixe : "Je veux descendre à 40 mètres." Pourquoi 40 ? Souvent, parce que c'est rond, impressionnant, socialement valorisant. Comme si rester à 20 mètres, bien posé, était une forme de demi‑plongée.

Ce culte de la profondeur a fait des dégâts : profils de plongée borderline, consommation explosive, narcose sous‑estimée, et parfois, il faut le dire, un rapport assez flou à la sécurité. Sans parler de l'impact environnemental sur des zones déjà très sollicitées.

Ce que disent les chiffres

Les rapports d'accidents analysés par DAN Europe ou les retours d'expérience de la FFESSM convergent largement : les incidents sérieux surviennent plus souvent sur des plongées complexes (profondeur, courant, froid) que sur des balades à 15 mètres sur fond de sable. C'est trivial, mais on dirait parfois que le marché de la plongée loisir l'a oublié.

On peut s'entêter à ignorer ce constat. Ou on peut se demander, honnêtement, si l'objectif prioritaire d'un plongeur loisir n'est pas d'abord la qualité des immersions - et pas la case "40 m" cochée dans un carnet.

Ce qu'on voit vraiment à 40 mètres (et ce qu'on loupe)

À 40 mètres en Méditerranée, la lumière a déjà sérieusement baissé, les couleurs se sont écrasées, le temps sans palier fond comme neige au soleil. C'est parfois le royaume des épaves fascinantes, oui, mais aussi des plongées où l'on regarde plus souvent son ordinateur que le paysage.

À 15‑20 mètres, c'est une autre histoire :

  • lumière encore généreuse,
  • reliefs plus variés,
  • faune souvent plus abondante,
  • marge de sécurité bien plus confortable.

Sur les 100 destinations vantées pour la plongée, une immense majorité offrent progressivement leur meilleur visage autour de 10 à 25 mètres. Mais le mythe du "profond = sérieux, peu profond = débutant" a la peau dure.

Repenser la progression après un premier niveau

À Aquabobble, on voit chaque année des élèves qui, sortant d'un Open Water PADI ou d'un Niveau 1 FFESSM, demandent quasi automatiquement : "Et maintenant, on fait quoi pour aller plus profond ?" La vraie question devrait être : "Et maintenant, comment devenir vraiment bon à 20 mètres ?".

Devenir redoutablement efficace à 20 m

Avant d'aller chercher le 40, on pourrait déjà :

  • tenir une flottabilité neutre millimétrée,
  • gérer une panne d'air en situation réelle sans théâtraliser,
  • se déplacer proprement, sans labourer le fond ni exploser sa consommation,
  • être capable de dire non à une plongée mal ficelée.

Ce niveau d'aisance ne tombe pas du ciel en enchaînant les cartes plastifiées. Il se travaille en fosse, en mer, dans des cadres pédagogiques exigeants, loin des "immersions panoramiques" où l'on suit docilement le guide en file indienne.

Impact environnemental : arrêter de jouer les bulldozers du fond

Plus on descend, plus l'environnement se fragilise et plus la marge de manœuvre se réduit. On en parle encore trop peu, mais les récifs profonds, les fonds coralligènes ou les tombants encombrés de gorgones souffrent directement des approximations techniques : un palmage mal contrôlé, un genou mal placé, et on casse des années de croissance silencieuse.

On ne peut pas, d'un côté, se proclamer plongeur "éco‑responsable" et, de l'autre, se battre en permanence avec son gilet à 35 mètres sur un tombant surpeuplé. L'engagement environnemental d'Aquabobble - via l'éco‑participation pour Clean My Calanques ou l'adoption de coraux avec Coral Guardian - n'a aucun sens si on considère la technique comme un détail.

Le lien direct entre niveau technique et protection du milieu

Ce n'est pas un hasard si un précédent article insistait déjà sur le lien entre niveau technique et protection des récifs coralliens. Plus vous êtes à l'aise, plus vous pouvez vous tenir à distance du substrat, respecter les consignes, aider un équipier sans transformer la scène en chantier. À l'inverse, un plongeur crispé à 40 mètres devient rapidement une menace - pour lui‑même et pour le site.

La profondeur comme outil, pas comme totem

Est‑ce à dire qu'il faut bannir les formations PE40, Niveau 2 ou Advanced Open Water ? Évidemment non. La profondeur reste un outil formidable pour :

  • explorer certaines épaves,
  • découvrir des ambiances particulières,
  • préparer des projets plus techniques.

Mais cet outil devrait être utilisé avec parcimonie, pour des plongées choisies, préparées, contextualisées. Pas comme un simple rite de passage arbitraire où l'on coche des exercices à 30 mètres pour la forme.

Des cursus à recontextualiser

Un Advanced Open Water bien mené, par exemple, n'est pas une "autorisation générale à descendre à 30 m". C'est un ensemble d'expériences encadrées, destinées à développer une réflexion plus fine sur :

  • la planification,
  • la navigation,
  • la gestion de la flottabilité dans des contextes différents.

Idem pour un Niveau 2 FFESSM ou un PE40 : l'enjeu n'est pas de collectionner des plongées profondes, mais de devenir capable de dire quand ces plongées ont réellement du sens - et quand il vaut mieux rester à 20 mètres à admirer un récif vivant.

Un regard critique sur certaines offres "profondeur facile"

Sur le marché, on voit fleurir des promesses de "PE40 express", de stages où l'on enchaîne les descentes profondes en deux jours, parfois presque sans prérequis de pratique récente. C'est vendeur, ça flatte l'ego, mais ça pose sérieusement question.

Une école qui revendique la transparence, comme sur la page Engagements qualité d'Aquabobble, ne peut pas cautionner cette dérive. On ne met pas un plongeur peu entraîné à 40 mètres "parce qu'il a payé pour ça". On le prépare, on le teste, on adapte. Et parfois, on diffère.

Repenser vos objectifs de plongeur francilien

Si vous vivez en Île‑de‑France, que vous travaillez votre technique en fosse, puis validez en Méditerranée (Cap d'Agde, Marseille, Parc national des Calanques), vous avez accès à une palette immense de plongées de 10 à 25 mètres absolument superbes. Est‑il vraiment urgent de courir vers le 40 ?

Peut‑être que votre prochain vrai saut qualitatif ne sera pas un passage "Niveau 2 à tout prix", mais :

  • un travail en profondeur (sans jeu de mots) sur la flottabilité,
  • une formation nitrox pour mieux gérer la saturation,
  • ou encore un Rescue / une formation sauvetage pour devenir un compagnon fiable.

Tout cela se prépare, là encore, en fosses comme Argenteuil ou Charenton, avant de s'exprimer en mer sur des sites magnifiques... parfois à des profondeurs tout à fait raisonnables.

Choisir la profondeur qui sert vos plongées, pas votre ego

En 2026, continuer à sacraliser la grande profondeur comme horizon ultime du plongeur loisir relève presque de l'archaïsme. On sait trop bien ce que cela coûte en sécurité, en environnement, en qualité d'expérience. La bonne question à se poser avant chaque formation, chaque voyage, n'est pas "à combien je vais descendre ?", mais "est‑ce que cette profondeur apporte vraiment quelque chose à cette plongée‑là ?".

Si la réponse est honnête, vous verrez qu'une grande partie de vos plus belles immersions se jouera probablement entre 10 et 25 mètres. Et quand viendra, ponctuellement, la plongée plus engagée, vous la préparerez avec le respect qu'elle mérite. En attendant, si votre projet est encore à l'état d'envie, rien ne vous empêche de commencer par consolider vos bases via les stages week‑end ou les perfectionnements proposés en Île‑de‑France. Le fond, au sens littéral comme au figuré, n'a jamais autant mérité qu'on s'y attarde.

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